Humeur : 2004, mort du courrier électronique

le 17/01/2003, par Marc Olanié, , 726 mots

2003, si l'on en juge les avalanches de communiqués de presse et analyses d'experts patentés, sera placé sous deux signes : celui d'une recrudescence des virus de type Worm et celui de la chasse au pourriel, spam, courrier non sollicité, bref, à la « réclame » souvent mensongère qui inonde nos boîtes de réception.
Messages d'alertes d'autant plus tonitruants qu'ils émanent généralement d'officines directement intéressées à conduire cette croisade, combat pratiquement vain et perdu d'avance : les parapluies n'ont jamais empêchés les averses et s'avèrent inefficaces en cas de typhon.
Or, il semblerait que le temps des grandes tornades approche.
Un rapide relevé des « logs » de notre serveur smtp faisait état, sur la semaine écoulée et sur deux alias particuliers, deux attaques par « flood » de messages infectés (150 Iframes provenant d'un abonné Wanadoo sur l'une, plus de 800 bugbear et assimilés sur l'autre).
Chiffres qui ne tiennent pas en compte une moyenne générale d'une trentaine de pourriels quotidiens s'adressant à quelques 200 correspondants, soit entre 4 et 6 000 arrivées smtp par jour sur les disques d'un « petit » serveur Exchange.

Et la voix du progrès de susurrer « c'est la vie.. dans les années 80, ton Inbox utilisait « vi » sous elm, tu recevais 3 emails par mois, et çà te coûtait 800 F HT du mégaoctet transféré ! faut tout de même pas regretter ! ».
Admettons.
Mais, cher progrès, mon host le plus puissant était un 80386 avec 16 Mo de mémoire, 80 Go de disque dur, et sa charge CPU ne décollait guère au-delà de 20 %, non compris quelques processus hermétiques que lançait un déjà vieil SCO 2.3.2.
Aujourd'hui, un bi-pro à 1700 MHz, 1 Go de ram et ses quelques centaines de gigaoctets de « durs » suffisent à peine à la tâche. La charge CPU est écroulée par le travail de l'anti-virus et de l'anti-spam.
Et je passe les remarques narquoises de mes « amis administrateurs » qui téléphonent en se demandant pour quelle raison leur domaine est blacklisté : l'anti-pourriel intelligent n'est pas près de voir le jour, et l'administrateur, même intelligent, n'a pas la résistance au sommeil d'un xéon ou d'un Athlon.

Tout ceci ne serait encore rien si la bande passante ne criait pas famine.
Ports smtp et http subissant un permanent bruit de fond générés par les « port scan » de script kiddies, expéditions stériles de messages de services envoyés par la passerelle antivirale à destination d'un expéditeur « infecté » qui ne recevra jamais l'alerte en question -le spoofing d'alias se porte bien cette saison-, trafic imbécile généré par des vendeurs de viagra, de versions piratées du Norton antivirus 2003 ou de lignes de crédit, autant de courriers qui ne dépassent généralement pas le stade du premier « message store » avant d'être immolés par le feu, l'acide et le paradichlorobenzène.
Smtp, aujourd'hui, est devenu un luxe nécessaire, qui consiste à acheter à un opérateur une bande passante qui sera consommée à 30, voir 40 % parfois, par de la trame indésirable, à payer aux Compaq-HP ou autres IBM un « impôt de puissance », lui-même dépendant de la course à la sophistication engagée par les éditeurs de serveurs de messagerie, de filtres anti-viraux, de firewalls, de générateurs de certificats et de programmes de gestion de contenu.
Le tout sous le regard brillant de concupiscence des marchands de disques qui refourguent leurs 250 Go comme des petits pains.
Et l'on se plait à regretter le temps des « liens directs », celui ou, entre « gens biens », l'on se communiquait les numéros de téléphones des MTA MS-Mail ou CC :Mail, ou l'on s'échangeait les listes d'alias des « personnes habilitées à communiquer avec une autre ».
Il est presque certain que l'on retrouvera bientôt ce type de fonctionnement.
Cela commence déjà avec l'établissement de liens VPN « durs » dans le cadre de réseaux inter-entreprises, avec la diminution des ouvertures sur l'Internet public, politique que pratiquent de plus en plus certaines grandes entreprises.
Bref, c'est la promesse d'un Internet à « deux vitesses », celui offert à tous, et celui destiné à « ceux qui travaillent », l'un et l'autre s'ignorant superbement ou n'acceptant des « points d'entrée mutuels » que dans de rares exceptions.
Point de vue ségrégationniste en diable, en totale opposition avec l'esprit même des réseaux IP des temps héroïques. Mais bonsoir ! çà va nous « faire des vacances »... oh, à peine le temps qu'une telle infrastructure s'installe, se rode, s'étende... et que le volume du courrier stérile ne reprenne à nouveau du poil de la bête, exigeant alors de nouveaux mécanismes de filtrage, de flicage de contenu, de prétraitement intelligent et n'annonce, pour 2008, la mort du « nouveau » courrier électronique.

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