La dernière lettre ouverte adressée à l'ART et au gouvernement par Cegetel, Club-Internet, LDCom, Tele2 et UPC ne manque pas de sel. Les cinq opérateurs s'inquiètent du lancement par France Télécom de son service de TV sur ADSL et des distorsions concurrentielles qu'il pourrait entraîner. Ils demandent aux pouvoirs publics de "se saisir immédiatement des nouvelles offres afin de les apprécier au regard du droit de l'audiovisuel, des télécommunications et de la concurrence". Pointée du doigt, l'offre TPSL de France Télécom ne devrait en effet être accessible qu'aux internautes haut débit clients d'un FAI ayant choisi l'option 5, en l'occurrence Wanadoo. Les FAI "alternatifs" s'inquiètent donc du risque de défaillance de certains de leurs abonnés vers la filiale de l'opérateur historique et crient à la concurrence déloyale. Selon eux, il faudrait empêcher France Télécom de lancer son offre en l'état pour empêcher toute distorsion du marché de l'accès ADSL.
Pour les autorités, le casse-tête promet d'être de taille : la TV sur ADSL ne relève en effet pas d'un cadre juridique très précis, et ce dernier l'est d'autant moins que le droit de l'audiovisuel français évolue et que le "Paquet Télécom" européen n'a toujours pas été transposé en droit français. Côté marché, la diffusion de la TV est un marché concurrentiel avec l'Hertzien, le câble et le satellite, et l'entrée de l'ADSL n'est qu'un moyen de plus pour l'abonné de voir des programmes. Difficile de voir là un monopole. De l'autre l'accès à Internet via ADSL est bien régulé par l'ART, mais celle-ci n'a pas vraiment son mot à dire sur la diffusion TV.
Au delà, de ces considérations juridiques, les critiques des concurrents de France Télécom peuvent aussi faire sourire. Le "favoritisme" de l'opérateur historique envers Wanadoo n'a en effet rien de bien étonnant : on voit mal, France Télécom investir dans l'innovation pour en faire profiter des concurrents qui ont parfois été un peu tardifs à investir ou qui ont tout simplement mis le pied sur le frein côté investissement.
Dans le cas d'opérateurs comme Cegetel ou LDCom, la critique paraît même un peu spécieuse. Depuis des mois, les deux opérateurs ne cessent de communiquer sur leur réseau dégroupé et sur leurs ambitions de couverture d'une large partie du territoire. Rien ne les empêche donc techniquement de venir concurrencer France Télécom sur son terrain, comme le fait aujourd'hui Free avec son offre FreeTV. C'est d'ailleurs ce que prévoit de faire LDCom dès le premier semestre 2004, soit à peu près en même temps que l'opérateur historique. De là à voir dans la dernière lettre ouverte une volonté de gagner du temps...