
Internet court au schisme, selon l'un de ses inventeurs
Edition du 25/06/2009 - par
Internet va évoluer vers une fédération de réseaux sécurisés où il faudra montrer patte blanche, selon Louis Pouzin - l'un des précurseurs à l'origine d'internet - interviewé par la rédaction de notre confrère CIO-online.com lors des Assises des TIC 2009.
Le nom de Louis Pouzin ne dit pas forcément grand chose aux jeunes usagers d'Internet. Mais cet homme, à l'origine des travaux sur les échanges efficaces de paquets sur les réseaux, a rendu possible le protocole TCP/IP et l'Internet.
Cela ne l'empêche nullement, bien au contraire, de souligner les faiblesses propres à l'architecture actuelle, entièrement entre les seules mains des Etats-Unis ou presque. « Internet est un réseau expérimental depuis plus de trente ans et il l'est resté » juge-t-il. Et il ébauche l'architecture du futur Internet telle qu'elle peut être déjà prévue.
La rédaction de notre confrère CIO-online.com l'a interviewé lors de la plénière du soir du premier jour des Assises des TIC 2009 qui se sont déroulées à Marseille du 24 au 25 juin 2009.
Afin de présenter l'objet de ses travaux, il faut se souvenir qu'il existe deux façons de transporter une information que l'on pourrait qualifier de « méthode du coursier » et de « méthode du postier ». Dans le premier cas, l'ensemble des informations suit une voie définie entre un émetteur et un récepteur. Cette architecture est sûre quand elle marche mais fragile face à des agressions sur les infrastructures ou des pannes techniques. Elle se révèle surtout vite coûteuse puisque les moyens matériels doivent être multipliés.
Le deuxième choix est conceptuellement plus complexe mais se révèle plus rentable : tous les paquets d'informations issus d'un nombre indéfini d'émetteurs à destination d'un nombre autant indéfini de destinataires peuvent utiliser une infrastructure complexe à chemins multiples, choisis au hasard parmi des possibles. Si malgré tout un paquet se perd, le destinataire en demande la réémission à l'émetteur par le même mécanisme. Internet repose sur ce second choix.
Cyclades, la réponse française à l'Arpanet Américain
Louis Pouzin a commencé à travailler sur les réseaux en 1968 lorsqu'il s'est agit d'automatiser la collecte de relevés météorologiques transmis par télégraphe (!!!) à l'ordinateur de Météo France, alors l'un des seuls du pays.
A la même époque, les Etats-Unis travaillent sur les prémices d'Arpanet, le réseau militaire reliant les sites stratégiques et universitaires. La politique française était, à l'époque, volontariste en matière d'informatique. La riposte est donc décidée et, en 1971, Louis Pouzin devient chef de projet de Cyclades, le réseau français équivalent d'Arpanet.
Photo : Louis Pouzin (D.R.)
A propos de Louis PouzinLouis Pouzin est né en 1931. Diplômé de Polytechnique, il a commencé sa carrière en 1953 à la Compagnie Industrielle du Téléphone (CIT), qui devint plus tard une partie du groupe Alcatel.
En 1957, il devient responsable du service technique commercial chez Bull. Ce service réalise des prestations d'après-vente et de développement en réponse à des demandes commerciales afin d'éviter de lourds investissements en recherche. Les premiers calculateurs électroniques à cartes perforées arrivent à cette époque, puis la gamme Gamma 60, le premier mainframe français.
Bénéficiant d'un congé de longue durée en 1963, Louis Pouzin part aux Etats-Unis travailler au MIT sur le Time Sharing, une forme très primitive de virtualisation. Il est rappelé chez Bull en 1965 pour promouvoir cette technologie.
Il commence à travailler sur le projet de Météo France en 1966. Mais l'établissement choisissant du matériel d'un autre constructeur, Louis Pouzin intègre une SSII pour continuer ses travaux (SACS, du groupe Sema).
Il devient chef du projet Cyclades en 1971 et publie ses premiers travaux sur les datagrammes en 1974.
Louis Pouzin est retraité depuis 1993 et s'occupe désormais de l'association Eurolink qui promeut les usages des cultures et des langues vernaculaires sur Internet.
L'ACTUALITÉ DU JOUR
Le navigateur chrome poursuit sa forte croissance
(...)
France Telecom fait de Orange une marque commune pour le fixe et le mobile
(...)