
Le FTTC, une alternative volontairement oubliée
Edition du 27/11/2006 - par
La fibre optique bénéficie d'une telle aura qu'elle devient la pensée unique. Philippe Coville, Directeur Associé de Cleario consulting, un cabinet de conseil spécialisé en télécoms, tente de relativiser cet engouement. Malgré les qualités intrinsèques et indéniables de la fibre, il estime que le FTTC représente une alternative ou un complément au tout fibre.
R&T : Des zones blanches demeurent en ville ?
Philippe Coville : Pas de réelles zones blanches, mais des zones grises. Tous les abonnés ne bénéficient pas du même niveau de services. Plus ils s'éloignent du répartiteur, moins bien ils sont traités. En effet, la topologie des répartiteurs date des années 70. A cette époque, les sites ont été choisi de manière très structurante pour des besoins de téléphonie. Aujourd'hui, ils ne sont pas tous adaptés aux besoins de l'internet haut débit. Certaines lignes font plus de 10km pour arriver à l'abonné. Seuls les abonnés situés à moins de 1Km à vol d'oiseau du répartiteur bénéficient des débits de plus 20 Mbps de l'adsl 2+. Même en région parisienne, certains abonnés à 4 ou 5 km ne peuvent espérer avoir plus de 1 Mbps descendant. Ils ne peuvent donc jouir totalement des services triple-play : pas de TV, pas de services évolués. La situation est très discriminante !
R&T : Comment palier ce problème ?
P.C. : Les bien pensants vous répondront immédiatement par la fibre optique. Ce discours du tout optique est très onéreux. Parallèlement à l'engagement de vastes déploiements lents et coûteux, la politique d'aménagement du territoire se doit d'envisager d'autres solutions alternatives ou complémentaires. Il est en effet possible de modifier le découpage des répartiteurs et de réduire significativement la distance entre l'abonné et son point de raccordement au réseau. Le répartiteur est ainsi découpé en amenant de la fibre vers des DSLAM déportés. Il est nécessaire d'effectuer un peu de génie civil et d'installer des armoires de rue. Mais cette technologie, nommée Fiber To The Curb (FFTC) est beaucoup moins onéreuse que la fibre. Le programme NRA HD chez France Télécom a permis d'apporter du haut débit dsl sur des zones grises par exemple à Issy Les Moulineaux ou à Lyon. Ce type d'actions a un vrai sens. Elles permettent d'apporter très rapidement du très haut débit à un grand nombre d'utilisateurs finaux à un coût minime.
R&T : Vous allez à l'encontre de la pensée unique ?
P.C. : Ma démarche est citoyenne. Les politiques devraient se pencher sur cette solution, avant de penser au tout fibre. La fibre est la technologie ultime, mais elle sera coûteuse, lente à déployer et donc longtemps réservée à une minorité. Dans une logique d'efficacité économique, ilest plus judicieux de déployer du FFTC. Ce qu'on oublie de dire dans le discours ambiant, c'est qu'il est possible d'envisager un scenario mixte. Mais ces déploiements ne peuvent se faire qu'en concertation avec France Télécom qui gère le réseau de cuivre. Les opérateurs doivent donc se concerter, sous le couvert de l'Arcep.
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