

Régulation : lART riposte aux critiques de France Télécom
Edition du 22/12/2003 - par
Christophe Bardy
Je t'aime, moi non plus.
C'est semble-t-il ce à quoi se limite le dialogue entre l'ART et France Télécom ces deniers jours.
Lundi dernier, Thierry Breton critiquait violemment l'autorité pour sa lenteur et son contrôle des prix excessif. Aujourd'hui, c'est au tour de Paul Champsaur, le président de l'ART, de répondre du tac au tac en défendant la régulation des tarifs de détails comme arme de protection de la concurrence.
S'il n'est pas rare, voire légitime, pour un opérateur de critiquer le régulateur de marché, il est moins courant que cette autorité, a priori impartiale, donne une leçon de chose, par écrit et en public, à l'un des principaux acteurs du marché. Dans le cas présent, certains des arguments avancés par le président de l'ART laissent rêveur.
Ainsi, selon le patron de l'ART, l'opérateur historique dispose d'une telle position dominante, qu'il est « la plupart du temps en situation de pouvoir éliminer ses concurrents ». Le Croquemitaine France Télécom détient « entre 60% et 80% du marché du fixe en volume, et 90% en valeur(...); ses filiales directes détiennent environ 50% du marché des mobiles et de l'Internet à haut débit. » Et de conclure « rares sont donc les marchés pleinement concurrentiels».
Du constat à la conclusion, le raccourci est étonnant. La concurrence sur le fixe dans le domaine du grand public est ouverte depuis bientôt 6 ans. Le résultat est une bataille tarifaire dans laquelle France Télécom est rarement gagnant. Pourtant, une large majorité de ses clients lui restent fidèles. Ce comportement n'est peut-être pas rationnel d'un point de vue économique, mais il parait difficile de reprocher à l'opérateur, que ses clients lui soient globalement fidèles.
Sur le mobile, le problème est tout autre. Dans un contexte ou la ressource radio est rare, le gouvernement a organisé un marché oligopolistique où trois opérateurs livrent bataille. Cette situation est pereine et l'on voit mal comment Orange pourrait éliminer un concurrent d'un claquement de doigt. A moins de fantasmer sur une version « Iznogood » de Thierry Breton se lèvant tous les matins en voulant éliminer le calife SFR ou Bouygues.
Enfin pour ce qui est du marché Internet, France Télécom est aujourd'hui, au travers de Wanadoo, l'opérateur qui en Europe est le plus faible par rapport à ses voisins comme Deutsche Telekom ou Telecom Italia.
AU delà de ce constant factuel, maintenir une vision aussi statique du marché (téléphonie fixe, mobile, internet) fait peu honneur au régulateur alors que le tout IP augure d'un transfert de la valeur des tuyaux vers les services. Certes France Télécom détient 60 à 80% du fixe. Mais ce marché est en régression et il est de plus en plus concurrencé par de nouveaux modes de communication tels que l'e-mail, la messagerie instantanée, la visio conférence P2P, la téléphonie sur IP via SIP... S'en tenir à une analyse statique des moyens de communication aujourd'hui c'est risquer d'ignorer l'inéluctable convergence des services sur IP, dont on commence à voir les prémices avec les offres de téléphonie et de TV sur ADSL de certains opérateurs. Et pour ceux qui douteraient de la révolution à venir il suffit de se rappeler qu'il a suffit de 10 ans à Internet pour tuer un service monopolistique aussi populaire que le minitel.
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