Transmissions quantiques : La QDK des attachés de presse ?
La récente annonce d'un « réseau quantique unifié » utilisant des composants Nec et Mitsubishi par l'Université de Tokyo a donné lieu à beaucoup d'interprétations floues et mal cadrées, souvent dénuées de liens pointant vers les sources d'information, et laissant entendre que les deux constructeurs étaient parvenus à « inventer » un réseau optique totalement interopérable. La réalité, bien que technologiquement très intéressante, est nettement plus prosaïque, puisque l'ingéniosité du système ne repose que sur des passerelles et des tunnels de transmissions de clefs. Bref, du trucage protocolaire... et pas le moindre milligramme de compatibilité entre les technologies optiques ou les générateurs de clefs quantiques entre fabricants. Le procédé mérite pourtant que l'on s'attarde sur l'information originelle et originale qui, schéma à l'appui, parvient à expliquer simplement le principe de cette « interopérabilité » qui n'a fondamentalement rien de quantique. Rappelons que les communications quantiques sont théoriquement inviolables, mais qu'elles ne présument pas des problèmes et des failles des systèmes informatiques situés aux extrémités de la transmission (sur ces passerelles notamment). Le meilleur des tunnels VPN devient une menace d'une gravité exceptionnelle... s'il n'est pas connu et contrôlé par l'administrateur légitime du réseau. Voir à ce sujet l'article de Frédéric Raynal à propos de Skype dans les colonnes du Security Focus. Ajoutons enfin qu'il existe d'autres procédés de transmission dits « inviolables », bien que philosophiquement moins fiables que les réseaux optiques reposant sur un système QDK. Le dernier à faire parler de lui fut le système de Kish utilisant le bruit généré par des combinaisons de résistances commutées et situées de part et d'autre d'une « paire sèche » en fil de cuivre. Glissons du cochet à l'onagre pour signaler que les français de Smart Quantum sont parvenus, également à l'aide d'astuces assez « simples », à n'utiliser qu'une seule fibre optique dans le cadre d'un réseau quantique de démonstration. Comment ? Mais en utilisant un switch optique DWDM bien sûr : un canal quantique sur une fréquence, les communications cryptées sur une autre. Il semblerait que la « paradiaphonie » entre ports optiques soit telle que le capteur de photon unique de la partie QDK n'est pas aveuglé par le flux de lumière de la communication cryptée « normale ». Le principe permettrait d'atteindre des vitesses d'échange considérables (par rapport aux vitesses quantiques actuelles) en exploitant un système d'émission de clefs manifestement séquentiel (on ne serait donc pas en présence d'une clef de type « one time pad »). Promis, CSO France reviendra sur ce sujet dans les jours à venir.