Entretien avec Bernard Etchenagucia, Directeur Général Délégué d'Aastra Matra Telecom

Bernard Etchenagucia
Directeur Général Délégué d'Aastra Matra Telecom

le 06/04/2006, par Olivier Coredo , RT VoIP/ToIP

Numéro deux sur le marché national derrière Alcatel, Aastra Matra cherche à bousculer le parc installé de son concurrent. Le constructeur doit aussi faire face à Cisco et aux petits nouveaux asiatiques. Bernard Etchenagucia, Directeur Général Délégué de l'équipementier, revient sur la stratégie et sur les atouts du groupe.

Bernard Etchenagucia

R&T : Comment se différencie Aastra parmi les équipementiers ?

Bernard Etchenagucia : D'un côté, certains acteurs disposent d'une importante base installée en téléphonie. D'autres viennent de la data et affichent une stratégie de rupture. Nous sommes quant à nous issus du monde de la téléphonie. Notre objectif est de préserver les investissements de la base installée et de la faire évoluer en douceur vers la ToIP. Bien évidemment, dans certains cas, notamment sur des nouveaux sites, nous privilégions le tout IP. La plupart de nos clients réclament plutôt une évolution qu'une révolution.
La concurrence en tout IP a plutôt un positionnement monolithique. Elle doit faire face à l'inertie de la base installée qui n'est pas prête à tout changer. Quoiqu'il en soit, la ToIP est un mouvement de fond. Sur le premier semestre 2005, nous avons vendu autant de postes IP que sur toute l'année 2004. Ces chiffres sont encore en croissance sur les premiers mois 2006.


R&T : Quid de l'interopérabilité entres les constructeurs ?

B.E : Nous prônons la téléphonie sur IP « ouverte ». Nous ne voulons pas verrouiller le client et nous tenons compte de ce postulat de départ dans nos développements. Nous nous appuyons sur SIP. Ce standard est en passe de s'imposer etpermet déjà d'obtenir des fonctionnalités évoluées. Ensuite chaque constructeur peut aller au-delà en ajoutant des services. Nos postes SIP sont par exemple plus riches en fonctionnalités. Nous qualifions également les postes SIP d'autres constructeurs sur nos systèmes.

R&T : Sur quelles fonctionnalités à valeur ajoutée misez-vous ?

B.E. : Bien que l'architecture joue un rôle important, la principale motivation du passage au tout IP est de pouvoir bénéficier de fonctionnalités à valeur ajoutée.
Même si 80% des clients utilisent uniquement les fonctions de base des postes, il y a une réelle demande sur les fonctionnalités évoluées de téléphonie. Par contre, en matière d'applications tirant parti de la convergence, les constructeurs ont un rôle clé à jouer dans la promotion de nouveaux services. Au début, nous mettions en avant la messagerie unifiée. Au final, on peut être assez déçu par le peu d'engouement du marché sur cette application.
Par contre nous enregistrons une forte demande dans le secteur de la vidéosurveillance, qui montre l'intérêt de l'intégration de la vidéo dans les réseaux convergents. Par ailleurs, poussé par le marché résidentiel, le phénomène Wifi y compris dans les applications voix se développe de plus en plus en entreprise. .

R&T : Colt s'est récemment associé avec Avaya. Où en êtes vous de vos partenariats ?

B.E. : Nous menons une politique active de partenariats auprès des intégrateurs : Amec Spie, France Télécom, Axians, Inéo... Nos matériels sont conçus pour les services managés. Nous proposons donc à travers nos partenaires des solutions d'IPBX hostés et managés. Nous discutons actuellement avec un opérateur national afin de proposer une solution d'IPBX hosté.

R&T : Craignez vous la concurrence asiatique ?

B.E. : Nous sommes sereins. Nous ne sommes pas sur un marché de bas coûts. Sur les postes IP, les asiatiques commercialisent des combinés dont le design n'est pas nécessairement adapté au marché européen. Sur les IPBX, Panasonic et NEC Philips sont assez agressifs sur les petits systèmes. D'une manière générale, le marché européen n'est pas homogène en matière d'acteurs. Reste aussi à régler les problèmes d'interopérabilité de leurs matériels avec les réseaux existants.

R&T : Quels sont vos objectifs ?

B.E. : Nous devons consolider nos positions. Avec 30% de parts de marché, nous sommes le numéro 2 en France. Nous comptons plus de 9 millions d'utilisateurs.
Nous avons récemment acquis la société DeTeWe qui nous permet de proposer des solutions de mobilité convergentes DECT/IP ainsi que des terminaux Wifi. Nous regardons régulièrement d'autres dossiers qui nous permettraient de nous renforcer dans le domaine de la data ou des applicatifs. Nous avons également des gisements de croissance sur le marché français avec la gamme Ascotel.