Entretien avec Joel Bentolila, Directeur technique chez TalentSoft

Joel Bentolila
Directeur technique chez TalentSoft

le 17/09/2010, par Johanna Godet, RT Infrastructure

"Avec le Cloud, nous diviserons nos coûts par deux pour la fin de 2011"

Joel Bentolila


TalentSoft commercialise un logiciel de gestion des ressources humaines en mode locatif Saas. Joel Bentolila, son directeur technique, migre ce logiciel sur le Cloud Azure.  Toutefois, une fois une taille critique atteinte, le Cloud ne sera plus aussi bénéfique.


Réseaux & Télécoms : Quelle est l'activité de TalentSoft ?

Joel Bentolila : TalentSoft est un éditeur de logiciel qui emploie 50 personnes en France et à l'étranger. Nous avons lancé notre activité en 2006 et nous comptons aujourd'hui une cinquantaine de clients, soit près de 250 000 utilisateurs. Nous délivrons notre solution principalement en mode SaaS (Software as a Service). Nous proposons une suite logicielle qui regroupe tous les processus de l'évaluation des talents. Nous nous occupons non seulement de l'état des lieux mais aussi du prévisionnel pour les compétences à acquérir pour aligner les politique RH à la politique de l'entreprise. 
Notre objectif est d'aider le directeur des ressources humaines à faire en sorte que son plan d'action soit aligné avec la politique de l'entreprise. Nous avons dans notre base de clients quelques acteurs anglo-saxons et européens et nous traitons à la fois la gestion des compétences et des performances. Il est certes important de gérer les performances, mais il est d'autant plus important de les garder dans la durée.

Réseaux & Télécoms : Pourquoi avez-vous eu recours au Cloud Computing ?
Joel Bentolila : Nous proposons à nos clients une solution en mode SaaS. Nous avons donc besoin de déploiements rapides. C'est pourquoi nous avons opté pour le Cloud Computing. Nous gagnons ainsi du temps. D'autant plus que nous sommes en pleine croissance et que nous anticipons des montées de charge rapides. Chaque année notre chiffre d'affaires triple. Nous devons nous organiser en interne pour anticiper cette croissance. En parallèle, nous évoluons à l'international. Nous avons commencé en France et aujourd'hui nous sommes présents à l'échelle européenne. Cela a créé une autre vague de croissance, imprévisible et rapide. Notre objectif au travers du projet Cloud est de nous adapter rapidement. 

Réseaux & Télécoms : Pourquoi avoir choisi le Cloud Azure ?
Joel Bentolila : Nous avons commencé à regarder Azure en 2006. Depuis le début, nous avons toujours été partenaires de Microsoft d'où notre choix pour la plate-forme Azure.
Il y a une différence fondamentale entre Azure et les autres fournisseurs d'infrastructure matérielle. Comme nous nous développons vite, nous devons à chaque fois prendre des licences. Avec Azure c'est plus rapide. Microsoft a des plateformes partout dans le monde, qui sont donc géographiquement proches des clients finaux. Ce qui est très important car lorsqu'un client se connecte, étant donné qu'il y a nécessairement une plate-forme a proximité, il gagne en temps de latence. De plus, il est beaucoup plus ...



...facile d'adapter sa structure dans le Cloud, surtout pour une jeune entreprise. Dans un hébergement classique, vous devez acquérir l'infrastructure alors qu'avec le Cloud, nous pouvons la louer à la journée ou au mois, même si nous n'en avons pas directement besoin. Nous avons une activité relativement cyclique. De janvier à avril l'activité croît et nous devons gérer davantage de puissance.

Réseaux & Télécoms : Quelles sont les limites d'une telle solution ?
Joel Bentolila : Dans un contexte de pic d'activité, nous avons dû surmonter quelques difficultés techniques. Par exemple, nous avons la particularité d'être multi-tenant [NDLR : une instance d'une application est adaptée aux besoins de tous les utilisateurs, de manière personnalisée], or la structure de prix d'Azure n'est pas prévue pour mettre un "web role" à la disposition de plusieurs clients. En ce sens, nous voulons aller plus loin. Nous avons donc trouvé un moyen : dynamiser la connexion winG [NDLR : interface de programmation sous Windows].
Par ailleurs, Azure c'est avant tout des serveurs Windows avec des bases de données. Or ce n'est pas tout à fait équivalent à une base de données SQL. Nous devons contourner le manque de spécificités et développer certaines fonctionnalités non présentes.

Réseaux & Télécoms : Quelle est la taille du parc concerné par votre projet de Cloud Computing ?
Joel Bentolila : Aujourd'hui, nous avons virtualisé une dizaine de serveurs web, ainsi que trois serveurs de données. C'est donc une petite infrastructure, mais qui concerne au total 15 000 utilisateurs par plateforme. Nous avons consacré une cinquantaine de jours à l'expertise et aux travaux de migration, et la même durée pour les travaux de R&D de TalentSoft. La SSII Logica nous accompagne sur ce projet. Ils ont une expertise à la fois dans les ressources humaines et dans Azure. Deux à trois personnes de Logica travaillent en permanence chez nous. Pour les mois à venir, nous avons prévu une période de migration jusqu'à mi-octobre 2010 et nous prévoyons que les premiers clients soient opérationnels d'ici le mois de janvier.

Réseaux & Télécoms : Quelles sont les économies réalisables via le Cloud ?
Joel Bentolila : Nous prévoyons une division des coûts par deux pour la fin de l'année 2011. Etant donné le volume de l'infrastructure que nous envisageons de déployer d'ici 2012, les coûts pourraient être divisés par trois sur cette période. D'autant plus que nous pouvons réduire le nombre d'instances sur l'été, en juillet et en août, de l'ordre de 40%. En contrepartie, de janvier à avril, nous pouvons louer davantage de machines et les éteindre lorsqu'elles ne sont pas utilisées, comme la nuit. Ceci dit, lorsque nous nous serons plus développés à l'international les économies réalisées pendant la nuit ne seront plus valables puisqu'il y aura beaucoup plus de charges en Asie et aux Etats-Unis qu'à l'heure actuelle. Au final, si nous avons choisi de migrer sur le Cloud c'est parce que nous allons faire des économies drastiques, et aussi parce qu'il est plus intéressant de disposer de centres de calcul partout dans le monde pour diminuer le temps de latence lors des connexions.