Entretien avec Olivier Hersent, CTO de NetCentrex Comverse IP Communication

Olivier Hersent
CTO de NetCentrex Comverse IP Communication

le 11/07/2006, par Olivier Coredo , RT Infrastructure

Récemment racheté par Comverse, Netcentrex renforce sa ligne de produits autour du quadruple play. Olivier Hersent, son CTO, revient sur les grandes orientations de cet acteur précurseur sur la ToIP.

Olivier Hersent

R&T : Etonnant ce récent rachat de Netcentrex par Comverse, non ?

Olivier Hersent : Ce n'est pas réellement une surprise. Beaucoup de gens s'attendaient à des mouvements. Le marché des telcos connaît d'importants regroupements, à l'image de la fusion Alcatel-Lucent ou du rapprochement des activités réseaux de Nokia et de Siemens. NetCentrex a séduit Comverse par sa capacité exceptionnelle d'intégration, le côté « end to end ». Nous accompagnons l'opérateur du Business Plan jusqu'au lancement du service, en passant par la conception et la fabrication des produits. Nous sommes en fait un mini Alcatel, toutes proportions gardées. Quant à Comverse, leur offre est très étoffée. Elle va du mail push aux applications de présence en passant par les avatars ou l'instant messaging. C'est ainsi que nous fournissons les avatars de Skype. Comverse possède aussi une compétence forte mais trop méconnue en facturation, notamment depuis son rachat de Kenan. Opérationnellement, nous sommes dorénavant une filiale du groupe Comverse.

R&T : Quelles synergies allez vous trouver ?

O.H. : Netcentrex est reconnu dans les services fixes triple-play. Le Challenge est de tirer profit des activités de Comverse en mobilité. Il était très important pour nous de mettre un pied sur ce marché. Difficile en effet aujourd'hui de parler de triple play sans songer au quadruple play. 80% des réseaux mobiles mondiaux sont déjà clients de l'un des produits du groupe Comverse. La tâche est plus aisée maintenant pour étendre cette offre à la VoIP « mobile ». Ensuite, nous allons étoffer notre gamme de services IP TV, toujours dans l'esprit d'une intégration complète du service. Nous proposons du clé en main aux opérateurs en quelque sorte. Avec Comverse, nous travaillons communément d'ores et déjà sur une douzaine de réponse à des appels d'offres.

R&T : Cette nouvelle génération de produits devrait régler les problèmes de QoS sur la ToIP ?

O.H. : La qualité d'un appel VoIP peut-être meilleure qu'en TDM, lorsqu'il est passé sur un réseau full IP. La qualité se dégrade lorsque l'appel change de réseau, du fixe vers le mobile ou de l'IP vers le TDM par exemple. Il est nécessaire d'éviter ce tromboning. Les services TDM s'effectuent aujourd'hui en technologie « réseaux intelligent », alors que les application serveur (AS) IMS, nativement, ne peuvent proposer de services au monde TDM qu'à travers du tromboning. C'est un gros problème notamment pour les opérateurs mobiles. Nous allons donc lancer pour le début 2007, en complément de notre offre actuelle, une nouvelle génération de produits dits de 'next-gen IN' venant en remplacement des réseaux intelligents existants, et surtout permettant aux offres VoIP de bénéficier des services IN existants (par exemple pré-payés). C'est un avantage énorme par rapport à nos concurrent. Ils ont en effet des équipes « Reseaux intelligents » et des équipes «ToIP » qui, en général, ne communiquent pas. Ils ne parviennent donc pas à résoudre ce type de problèmes de QoS du au tromboning.

R&T : Pourtant, tous les acteurs migrent vers l'IMS ?

O.H. : Ils sont tous certains qu'il faut migrer vers l'IMS et qu'il faut avancer vers le service. Mais ils n'ont aucune idée réelle des applications à valeur ajoutée qui vont en découler. Ils parlent tous de « présence » et, ensuite, ils restent muets. Les équipementiers naviguent à vue et investissent peu dans l'applicatif. Notre stratégie est claire, nous investissons massivement sur l'applicatif : notre portefeuille d'applications pour les opérateurs convergés TDM et IP est sans équivalent et le restera.

R&T : Une récente étude Forrester conclut que les opérateurs historiques vont dans le mur sur le triple-play, qu'en pensez-vous ?

O.H. : Ce type d'étude médiatique est quand même à prendre avec des pincettes. Une chose est certaine, c'est qu'il est facile de perdre de l'argent sur le triple-play. Les Business Plan basculent facilement vers le négatif. En effet, de nombreux marchés souffrent encore d'une situation de quasi-monopole de l'opérateur dominant qui interdit le lancement profitable des offres 'multi-play' pour les opérateurs alternatifs. A l'inverse dans les marchés dérégulés certains craignent pour l'opérateur historique. La France est aujourd'hui un marché où la concurrence dans le fixe est féroce, pourtant, je crois qu'un acteur comme France Télécom peut très bien s'en sortir, quoi qu'en disent les résultats de l'étude Forrester, surtout s'il maintient le rythme d'innovation des années 2004-2005 tout à fait exceptionnel pour un opérateur historique.
Le succès des offres 'multi-play' repose en effet essentiellement sur la capacité à innover rapidement, ce qui oblige à revoir les structures de R&D et remplacer les approches généralistes par la mise en place d'équipes projets resserrées et spécifiques. de manière à être plus souple et plus autonome.
Je crois aussi que Forrester a tort sur l'IP TV. Ils ont oublié l'effet HD. La TVHD sur hertzien, même en TNT, est très compliquée à mettre en place. Il faut maîtriser le réseau et les décodeurs, assurer une production en continu de contenu. Les FAI sont les seuls à pouvoir offrir facilement un contenu HD, notamment en VoD, avec une QoS à la hauteur du dernier écran Plasma. Il ne serait pas surprenant que ce soit un ISP qui remporte les prochains droits du foot !
Cependant, bon nombre de cartes sont encore dans les mains du régulateur, surtout en ce qui concerne les aspects MVNO liés au 'quad-play'.

R&T : Pensez-vous que le quadruple play puisse intéresser le monde de l'entreprise ?

O.H. : Tous les opérateurs intègrent ou sont en voie d'intégrer la convergence fixe-mobile à leurs offres. Sur le marché grand public, ils cherchent à développer l'aspect communautaire pour diminuer les risques de « churn », afin de rendre captif les abonnés. En entreprises, les applications de synchronisation, de présence et de groupement/filtrage d'appels sont très intéressantes. Imaginez pouvoir disposer sur un seul terminal de l'annuaire d'entreprises, des contacts, des bases de données... et de pouvoir être joint sur un numéro unique.


R&T : Quelle tendance sentez-vous émerger sur le quadruple play ?

O.H. : Je suis curieux de voir comment vont évoluer les réseaux communautaires Wifi, comme Fon ! Ces réseaux échappent en effet aux règles habituelles qui lient dégroupage et capacité d'investissement. Ils n'ont pas besoin de cash pour se développer. C'est une sorte de dégroupage sauvage du sans-fil. Si un certain nombre d'acteurs s'entendent, ces réseaux vont atteindre une masse critique qui leur permettra de devenir une réelle menace pour les opérateurs classiques. A l'instar de Skype, le phénomène viral pourrait prendre. Aujourd'hui personne ne peut occulter le phénomène... ni savoir s'il attendra la masse critique.

R&T : Et après le quadruple Play, le quintuple play ?

O.H. : Pourquoi ne pas imaginer que le terminal mobile devienne pour tous un moyen unique de paiement. Il permet une authentification forte et se prête tout à fait à la fonction. C'est un avis personnel.