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Xavier Dupont

Le M2M en quête de QoS et de ROI

Xavier Dupont - Responsable Conseil Niji


(16/01/2007)

La technologie M2M est mature, et les applications se généralisent. Cependant, il reste encore à convaincre sur la qualité de service et à trouver un retour sur investissement.

Le machine-to-machine (M2M) désigne l'ensemble des flux de communication, filaires ou non, entre des équipements présents dans l'entreprise. Cette notion, si elle n'est pas nouvelle - les premières applications filaires remontent aux années 70 - prend un tour nouveau avec l'émergence des technologies sans fil en entreprise. Rares sont en effet les DSI qui n'ont pas un ou plusieurs projets de M2M en cours, et les analystes estiment que le marché mondial du M2M s'expose à une croissance d'environ 50 % par an d'ici à 2010. Dans moins de cinq ans, plus de deux milliards de machines seront communicantes !

Un environnement technologique mature

Dans un marché des télécoms pourtant vigoureux, de tels taux de croissance font figure d'exception. Il y a un pas, néanmoins, des projections à la réalité, et cet eldorado, annoncé depuis plusieurs années, se fait attendre. D'où vient ce sentiment que le marché tarde à décoller ? Une analyse plus fine met certes en lumière des atouts clés, mais fait apparaître quelques obstacles encore sur le chemin de la croissance à deux chiffres.
Le M2M repose sur un enchaînement de séquences pour lesquelles les technologies sont fiables et éprouvées. En premier lieu, la collecte des informations depuis la machine source se fait grâce à des capteurs capables de traiter et de relayer une grande variété de formats d'informations (caractères, code binaire, photo...). Ensuite, la transmission de ces informations bénéficie du boom des technologies sans fil, qui apportent des solutions là où le filaire se heurtait à une complexité de déploiement. En fonction de la configuration du site à raccorder, l'entreprise a le choix entre des technologies à courte portée (Bluetooth, Zigbee, WUSB...), à portée locale (hot spot Wi-Fi, réseaux Wi-Fi "meshés", Wimax prochainement, Wibro en Asie) ou étendue (technologies cellulaires d'opérateurs ou solutions satellitaires). Enfin, le traitement de cette information s'appuie sur une couche middleware, qui établit le lien avec le système d'information de l'entreprise, et pour laquelle l'offre logicielle et d'équipements est déjà large et structurée.
Les responsables opérationnels, dans le secteur logistique au premier chef et dans l'industrie au sens large, ont perçu depuis plusieurs années l'intérêt des solutions M2M appliquées à leur métier. L'attente est réelle d'une industrialisation plus forte de ces solutions, avec un trio de tête composé : des solutions de contrôle des équipements à distance - qu'il s'agisse de compteurs d'électricité, de cuves de fioul, de barrières automatiques ; des solutions de géolocalisation des équipements et des personnes - pour assurer une traçabilité des denrées alimentaires ou vérifier qu'un camion transportant des biens de valeur s'arrête uniquement aux endroits de livraison prévus ; des solutions automatisant les opérations de paiement - notamment de paiement sans contact.

Un ROI à étudier au cas par cas

L'ensemble de ces solutions permet aux entreprises d'améliorer leur productivité, en réduisant les opérations de maintenance, les coupures de services, les risques d'erreurs et le temps de traitement de l'information. Il s'agit également d'un levier dans la satisfaction client, qui bénéficie au final d'une prestation plus fiable, plus précise, plus personnalisée.
Cependant, si les applications sont claires d'un point de vue métier, le flou qui règne sur la rentabilité économique des projets fait en revanche hésiter bien des dirigeants d'entreprise.
L'analyse de la structure de coût d'un projet M2M montre que l'essentiel réside dans l'intégration des briques logicielles au niveau middleware, loin devant les équipements de collecte et de transmission de l'information et les coûts réseau. Le retour sur investissement (ROI) est donc atteint en quelques mois dans le cas d'un simple upgrade d'un équipement, déjà doté d'un capteur et faisant transiter une information binaire, sans interaction lourde avec le système de l'information de l'entreprise.
En revanche, les projets impliquant un degré d'intégration fort avec le SI de l'entreprise, ou le recours à un grand nombre d'équipements nouveaux dans la chaîne technique (notamment couplés au RFID), nécessitent des investissements qui font hésiter les décideurs. Des projets de relevé de compteurs dans le secteur des utilities ont ainsi failli capoter face aux centaines de millions d'euros à investir, tant en équipements chez l'utilisateur final que dans l'infrastructure SI. Et même le géant Wal-Mart, qui pousse ses plus gros fournisseurs à l'utilisation de puces RFID dans les cycles logistiques (pour les palettes et les cartons), s'est pour l'instant heurté à des industriels frileux à l'idée de dépenser a minima trente fois plus pour marquer un objet qu'avec le traditionnel code-barres.

Qualité de service ? pas toujours

La technologie suscite encore des interrogations chez les utilisateurs autour de la notion de qualité de service, et notamment de temps réel. Le réseau est, dans la plupart des cas, mis en cause lors des problèmes de fiabilité constatés ; or, il suffit souvent d'une mauvaise expérience pour que les utilisateurs se détournent du service. Si les opérateurs vantent leurs services en temps réel auprès des particuliers, personne n'est dupe du côté des entreprises. Dans la plupart des applications, dès que des notions d'urgence ou de risque à la personne entrent en ligne de compte, il devient impératif que les informations soient transmises immédiatement. Or, les réseaux d'opérateurs n'ont pas été conçus dans cette logique et, d'une manière générale, le service rendu ne convainc pas suffisamment les professionnels. Outre les problématiques de couverture réseau et de continuité du service (les réseaux mobiles sont régulièrement saturés), les opérateurs souffrent également de temps de latence trop longs pour proposer des services adaptés à des applications critiques. D'une manière générale, la mise en place d'un engagement de service est nécessaire par les intervenants sur la chaîne technique, et particulièrement par les opérateurs.
Viennent ensuite se poser des problématiques de sécurisation des données au sens large. Des utilisateurs voient dans ces technologies l'oeil de Moscou s'implanter dans leur environnement de travail immédiat, en permettant un contrôle de leurs agissements à la seconde près. Plus grave encore, des informations concernant une personne pourrait être exploitées par des lecteurs pirates tiers, ce qui constituerait une violation du droit de protection des données privées. Au-delà des dispositifs techniques indispensables à la sécurisation des données (tunnel IPSec, protocole SSL...), tout projet de M2M touchant aux personnes doit donc s'accompagner d'une conduite fine du changement pour identifier les risques, et éviter un rejet de la technologie a posteriori.
Le M2M est un marché complexe au moins à deux égards. Primo, il fait converger les problématiques de l'informatique et celle des télécoms. En cela, il rejoint des univers de services comme l'e-mail ou le PIM mobile, mais il s'en distingue par une exigence en qualité de service bien supérieure. Ensuite, l'hétérogénéité des machines sources, impactée par une forte verticalité sectorielle, retarde par ailleurs l'émergence d'une électronique normalisée dans les équipements.

Un écosystème complexe, qui nuit à la croissance

En écho à cette complexité, l'entreprise en réflexion sur une solution M2M doit faire face à une myriade d'acteurs, chacun étant aujourd'hui cantonné à une petite partie de la chaîne de valeur. En amont, les équipementiers fournissent les modules reliés à la machine source, intégrant bien souvent un modem. On retrouve les équipementiers télécoms classiques (Siemens, Nokia...), mais aussi des fabricants d'électronique (en France, Wavecom notamment). Le trafic data est pris en charge et facturé directement par les grands opérateurs, même si certaines entreprises peuvent s'adresser à des MVNO spécialisés sur des niches sectorielles. Le traitement et l'intégration des flux data au système d'information de l'entreprise exige aussi le recours à des plates-formes logicielles spécifiques (des spécialistes du M2M comme Lantronix ou des offres horizontales comme celle d'iAnywhere), et dans la plupart des cas non-mutualisables avec les autres applications informatiques présentes dans l'entreprise. Enfin, des prestations de conseil et d'intégration sont requises pour mener à bien ces projets.
Le choix des fournisseurs est donc fastidieux pour un responsable et constitue un frein au développement des solutions M2M. L'écosystème doit se structurer autour de fédérateurs pour permettre une plus grande lisibilité des possibilités offertes par le M2M. A ce stade, quelques rapprochements de circonstance ont vu le jour entre des grands de l'électronique et du logiciel, mais les opérateurs, à l'exception d'Orange avec sa plate-forme M2Mconnect, se sont montrés discrets. Il faut dire que la dimension sectorielle est lourde à gérer et que tout projet M2M d'envergure exige de conjuguer partenariats et sur-mesure, pour des clients dont l'Arpu est encore très en deçà des autres offres data mobiles en portefeuille. Les grands intégrateurs et SSII semblent, pour l'instant, à peine plus engagés sur ce marché, attendant sans doute que celui-ci devienne plus mature avant de s'y lancer (IBM fait figure d'exception avec son programme Smart Machines lancé l'année dernière).
Des projets catalyseurs dans les industries les plus matures, comme les utilities ou la logistique, doivent permettre de créer les conditions d'une entente plus poussée entre ces acteurs. Le RFID constituera probablement un levier complémentaire.

RFID, messie du M2M ?

Le déclic viendra-t-il de la généralisation de la technologie RFID (Radio Frequency Identification), dont beaucoup pressentent qu'elle va jouer un rôle d'accélérateur fort ? D'ici 2010, le parc mondial équipé de puces RFID se compterait, d'après les analystes, en dizaines de milliards de machines.
L'atout principal de cette technologie réside effectivement dans le spectre très large de ses applications, dans la mesure où elle permet d'équiper facilement (on parle d'"étiquette" RFID) tout équipement, article ou personne. L'autre apport du RFID est sa capacité à rendre simplement tout équipement communicant, au moins dans un rayon d'action rapproché, de quelques centimètres à quelques mètres en fonction de la fréquence utilisée. Le RFID s'appuie en effet sur des transpondeurs (dits tags) et sur une antenne permettant la diffusion de l'information sur une courte distance, vers un récepteur-lecteur. L'attente est très forte à tous les échelons de la chaîne de valeur, y compris du côté des opérateurs. Ceux-ci ont compris l'impact que pouvait avoir cette puce qui, une fois insérée dans les mobiles, en renforcera l'importance dans la vie quotidienne. Reste à attendre la décision de l'Arcep sur l'utilisation des fréquences UHF.