Le déploiement du FTTH en attente de justification économique

le 03/06/2013, par Bertrand LEMAIRE, Opérateurs/FAI, 525 mots

La justification économique de la fibre optique jusqu'au domicile (FTTH) reste à établir. Le grand public apprécie le confort mais rechigne à payer plus que pour l'ADSL faute d'usages innovants.

Le déploiement du FTTH en attente de justification économique

Catherine Lejealle (en photo) est actuellement professeur associé à l'ESG Management School. Ingénieur télécom et docteur en sociologie, elle a réalisé une étude sur l'usage du très haut débit par le grand public dans le cadre de la stratégie FTTH. Une tribune résume les résultats de cette étude. La justification économique du déploiement de la fibre optique par des opérateurs télécoms reste à apporter.

« Il y a un vrai intérêt pour le FTTH de la part des usagers parce que la fibre apporte un vrai confort dans l'usage des services actuels, notamment en permettant une simultanéité d'usages par différents membres du foyer (film en streaming, jeu en ligne, etc.) » observe Catherine Lejealle. Mais elle apporte tout de suite un bémol à un constat a priori réjouissant : « cet intérêt ne se manifeste que parce que les abonnements sont actuellement au même prix ».

Pas de rupture entre ADSL et FTTH

En effet, les utilisateurs sont prêts à payer pour des services (comme un bouquet de chaînes de télévision) mais pas pour une infrastructure ressentie en elle-même comme sans vraie utilité faute d'une vraie rupture avec l'ADSL. L'arrivée de l'ADSL a amené une rupture réelle par rapport au RTC, non seulement en termes de débits mais aussi par l'apparition de la connexion permanente. Il n'y a pas de rupture équivalente entre l'ADSL et le FTTH. Les deux technologies sont plus vues comme une continuité sur le plan des usages. Sur le plan technique, la rupture est pourtant plutôt entre ADSL et FTTH puisque l'infrastructure changeait.

« La prochaine rupture sera amenée par les usages innovants car le public attend d'être bousculé sans rien voir venir » souligne la sociologue. Et il existe une marge budgétaire pour payer ces nouveaux services : cette marge est issue de la baisse des coûts de téléphonie mobile.

Un modèle économique douteux...



Un modèle économique douteux

Du coup, les investissements dans la fibre optique manquent d'une justification économique. Côté opérateurs, il est nécessaire, pour déployer le FTTH, de refaire du génie civil, de poser la fibre, etc. Cela implique de très gros investissements avant même de pouvoir commencer à démarcher son premier client. L'ADSL, au contraire repose sur la boucle locale cuivre, et est donc infiniment moins coûteuse à déployer.

En Europe, la politique suivie a été celle d'un déploiement de la fibre optique par les opérateurs privés, éventuellement en situation de concurrence sur les infrastructures mais avec l'obligation de louer à des opérateurs tiers leurs infrastructures. Or les utilisateurs ne sont pas prêts à payer plus faute d'usages.

Catherine Lejealle préconiserait plutôt de suivre la voie de la Corée du Sud, par exemple : « la fibre optique y est considérée comme une infrastructure au même titre que la route et elle est donc payée par l'Etat. » L'Etat devrait donc investir dans le déploiement de la fibre optique car le déploiement en lui-même ne peut pas être rentable. Par contre, les entreprises privées devraient alors investir dans les services qui vont justifier l'existence du réseau très haut débit.

Catherine Lejealle en bref

Ingénieur télécom et docteur en sociologie, Catherine Lejealle a auparavant occupé des postes de directeur d'affaires chez IBM France, de chef de produit marketing chez SFR Cegetel et de directeur dans l'entité audit des risques technologiques chez Arthur Andersen entre 1990 et 2000.

Actuellement professeur associé à l'ESG Management School, elle est co titulaire de la chaire Digital Business. Ses sujets de recherche sont les usages des nouvelles technologies dans l'optique de la sociabilité médiée, des pratiques ludiques et culturelles et enfin, du cross canal et des marques : mobilité et nomadisme, jeux sur mobile, sites de rencontres, usage de Facebook par la génération Y, suivi de marques sur Facebook et impact sur le lien avec la marque et l'expérience consommateur, le cross canal et l'impact du mobile, usage du mobile par les cadres français et américains avec impact sur la frontière entre vie privée et vie professionnelle et sur les processus de travail, usages de la fibre optique et rentabilité des investissements, droit à l'oubli et traces numériques...

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